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Une semaine dans la vie d’une interprète de l’expérience du visiteur…

Alors que je me préparais pour mon cinquième été au Musée canadien de l’immigration du Quai 21, je me suis demandée si « je poussais un peu ma chance ». Après tout, entreprendre le même emploi d’été durant plusieurs années consécutives peut devenir ennuyeux et répétitif. Le Musée, cependant, constitue un merveilleux endroit fréquenté par beaucoup de gens fascinants. Il n’y a pas une semaine qui passe sans qu’il ne se produise quelque chose de remarquable. Cela me rappelle constamment que, bien que généralement je fasse le même type de travail à chaque été, il n’y a pas de limite aux expériences nouvelles et inspirantes que je peux vivre. Je voudrais partager certaines de ces expériences remarquables de mon dernier été au Musée.

« Je veux juste voir son nom sur un bout de papier. »

Une des choses que j’aime au Musée, c’est qu’il met l’accent sur les histoires personnelles. Peu importe qui vous êtes, vous avez une histoire… et nous sommes ici pour y rendre hommage.

Je rencontre souvent des gens qui recherchent des informations personnelles d’immigration, ou celles d’un parent. Un jour, un homme est venu vers moi et m’a dit qu’il s’était arrêté pour voir si nous avions quelque chose au sujet de sa mère. Je lui ai demandé des détails : son pays d’origine et sa date d’arrivée — afin d’évaluer la probabilité pour nous d’avoir des informations pour lui.

Une image d’archives en noir et blanc d’un navire amarré au Quai 21.

S.S. Walnut, 1948. Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (DI2013.1293.2).

Plus il m’en disait, plus je réalisais que nous pourrions avoir des difficultés à trouver des informations. Alors que j’essayais de lui expliquer cela, il m’a regardée puis il m’a simplement dit : « Je veux juste voir son nom sur un bout de papier ». Cette phrase m’a frappée par sa précision ! Les gens viennent justement au Musée canadien de l’immigration du Quai 21 parce que notre objectif est de reconnaître l’histoire de l’individu. Quelque chose d’aussi simple qu’un nom sur une liste peut pousser une personne à pleurer. Durant tout mon temps passé ici, j’en suis venue à réaliser qu’un nom sur un bout de papier symbolise tellement plus que toutes les lettres sur une page. C’est une validation pour les personnes, une validation qui dit : « Nous nous souvenons de vous. Votre histoire est importante pour nous. »

Heureusement, en ce qui concerne cet homme en particulier, sa recherche d’un « nom sur un bout de papier, » n’a pas été vaine. À la dernière minute, il a mentionné que sa mère était arrivée sur le Walnut, un navire présenté dans le cadre de notre exposition permanente. C’était très satisfaisant de voir que non seulement nous avions le nom de sa mère sur un bout de papier, mais nous avions encore davantage à lui montrer sur le voyage de sa mère au Canada.

« Cela ressemble à ce qui est arrivé à... »

Il y a des façons de tirer encore davantage de sa visite au Musée, plus que ce qu’il propose directement. Par exemple, les visiteurs peuvent comparer et mettre en contraste les histoires proposées dans le Musée avec leurs propres expériences ou leurs connaissances générales et voir comment elles se rapprochent les unes des autres. Il est toujours gratifiant de voir les visiteurs s’engager avec le contenu de cette façon. Cela montre que nous sommes compétents et en mesure de révéler de nombreuses nouvelles perspectives fascinantes.

À un certain moment, j’ai effectué une visite guidée et présenté un atelier à un groupe d’élèves du secondaire. À la fin de la journée, nous avons eu le temps de faire un retour, de discuter de leur visite et de leur expérience. Oh boy ! J’ai été impressionnée ! Non seulement avaient-ils compris et compati avec les histoires que nous proposons, mais ils ont même fait un lien entre le matériel du Musée et les événements du moment.

Nous avons discuté des défis qui se posent lorsque les immigrants ou réfugiés arrivent au Canada, sans parler l’anglais ou le français. Pour donner aux élèves une idée de ce que ça pouvait être, je leur ai posé quelques questions en espagnol, qu’aucun d’entre ne comprenait. Par la suite, leur professeur leur a dit « Cela ressemble à ce qui est arrivé à... » et elle a poursuivi en décrivant des histoires de l’actualité liées à l’immigration qui circulaient dans les médias canadiens. Elle a soulevé des exemples poignants qui illustraient bien la pertinence de l’histoire de l'immigration du Canada par rapport aux événements de l’actualité. Ces comparaisons ont effectivement permis aux étudiants d’en tirer leçon.

« J’adore les défis ! »

J’ai eu l’occasion de participer à une visite pour une invitée spéciale, le même jour que ce groupe scolaire. Pour cette occasion particulière, Ruth Goldbloom*, ancienne membre du Conseil du Musée et la véritable force motrice de la restauration du Quai 21 a effectué la visite guidée avec moi, partageant plusieurs de ses expériences personnelles.

J’ai eu le plaisir de rencontrer Ruth plusieurs fois, et à chaque fois j’ai pu entendre une nouvelle histoire au sujet de son implication dans la création du Musée. Ce jour-là, j’ai eu droit au récit complet de sa collecte des neuf millions de dollars nécessaires à son ouverture : du harcèlement incessant des fonctionnaires du gouvernement au défi relevé d’amasser plusieurs milliers de dollars en une seule journée, Ruth a fait plus que je ne pouvais jamais imaginer qu’un individu est capable de faire. Mais le meilleur moment, c’était son dernier commentaire sur la saga : « Oh, vous me connaissez, j’adore les défis ! » Eh bien, elle était certainement capable de relever le défi… et je suis heureuse qu’elle nous ait tous transportés avec elle.

Une femme souriante debout à côté de l’histoire de Ruth M. Goldbloom.

Ruth Goldbloom, O.C., O.N.S., debout à l’extérieur du Musée, sur la Place des bâtisseurs du pays. Photo : Danny Dechtiar.

*Remarque du bloggeur : Ruth est décédé en août 2012, mais son esprit fera toujours partie du Quai 21. Son souvenir continuera d’inspirer d’autres personnes qui comme moi, ont la passion de partager l’histoire de l’immigration canadienne.

NDLR : Ce blogue a été écrit par Mariana, sur ses souvenirs en tant qu’interprète, expérience du visiteur au Musée, durant la saison estivale de 2012.