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Autant en emporte le vent... et la neige... et la pluie

Ici au Musée, je suis la personne qui présente les ateliers éducatifs et aide à la programmation, mais je suis rarement la personne qui effectue la visite guidée de l’exposition. Nos interprètes et bénévoles sont des gens charmants qui font cela et ils sont excellents !

Cependant, je dois parfois jouer le rôle d’interprète avec les groupes scolaires. Il y a un groupe qui m’est particulièrement mémorable. J’étais dans une situation où un groupe scolaire de l’extérieur de la ville devait apporter quelques modifications de dernière minute à leur itinéraire de voyage en raison du temps typique de la Nouvelle-Écosse – c’est à dire de la pluie, de la neige, de la glace et du vent, chacun livrant tout un combat sur qui allait régner en maître sur les conditions météorologiques d’un bon nombre de jours. Alors que je suis sûre que certains d’entre vous secouent votre tête en disant « Il n’y a rien là ! », mes invités étaient un groupe d’étudiants adolescents d’une école presbytérienne située dans l’état de Géorgie, aux États-Unis.

Comme je le disais, le groupe avait dû faire quelques changements de dernière minute à leur horaire et a demandé s’il pouvait devancer la date de leur visite de quelques jours. Je leur ai dit qu’ils pouvaient certainement... avant même de regarder l’horaire de nos interprètes.

Maintenant, pour être claire, la programmation et la planification des interprètes ne sont pas aussi faciles qu’il le paraît et ce jour-là, notre coordonnatrice et notre gestionnaire de l’interprétation et de l’expérience du visiteur n’étaient pas disponibles. Ce qui me laissait seule avec l’horaire… Un seul coup d’œil à celui-ci m’a dit ce que je devais faire : je me suis inscrite sur la grille.

Bien que voir mon nom apparaître sur la grille n’ait rien d’étrange, ce qui est inhabituel pour moi est de donner une visite guidée. Les visites que je fais habituellement font partie d’un programme pour les petits enfants intitulé L’aventure du petit ourson. Le groupe venant de Géorgie était un groupe formé d’adolescents. GRANDE DIFFÉRENCE !

Le jour est arrivé et j’attendais patiemment les étudiants à notre billetterie. Je savais qu’ils étaient arrivés au Musée quand j’ai vu quelques adolescents franchir les portes portant des tuques très canadiennes : des chapeaux de tricot rouge arborant la feuille d’érable et le mot « Canada ». Ils étaient tout sourire et frissonnants. C’était le congé de mars pour les écoles ici en Nouvelle-Écosse et c’était assez froid et venteux sur le front de mer.

J’ai amené le groupe à l’étage et vers le vestiaire, retardant un peu le début de la visite. Je me suis présentée et j’ai expliqué que bien que je ne sois pas habituellement la personne qui devrait effectuer cette visite, et bien aujourd’hui, c’était tombé sur moi. Après quelques minutes passées dans l’exposition, à parler de la guerre des saucisses – décrivant comment les immigrés essayaient souvent de faire passer clandestinement des aliments, notamment des saucisses, au Canada, du navire Walnut – un petit chalutier qui a été construit pour accueillir environ 20 membres d’équipage, mais qui a ensuite été acheté et a fait son seul voyage au Canada, avec plus de 300 personnes réfugiées – je suis devenue de plus en plus à l’aise avec le groupe et la visite s’est bien déroulée.

Je les ai emmenés pour voir notre film Océans d’espoir – notre nouveau film, ,em>au Canada n’avait pas encore été lancé – et leur ai donné des passeports pour une activité de jeux de rôle que nous appelons le Programme des immigrants reçus. (Ce programme n’est plus offert). Dans cette activité, les élèves doivent créer un personnage et une histoire à partir de ce qu’ils ont appris durant leur visite et la projection du film. Ils subissent alors une entrevue, avec le personnel qui se fait passer pour des agents d’immigration. S’ils réussissent l’entrevue, ils reçoivent un timbre d’immigrant reçu dans leur passeport. Si ce n’est pas le cas, ils sont expulsés. Cette activité peut être hilarante avec le bon groupe, et là, j’avais un groupe qui était non seulement désireux de créer des personnages, mais qui avait aussi la véritable expérience de ne pas être Canadien… Leurs réponses à certaines questions étaient donc intéressantes, pour dire le moins.

Processus de simulation d’immigration, expliqué par des dessins pour les enfants.

Il y a eu deux groupes qui ont été très inoubliables dans cette activité : celui dont je viens d’illustrer dans la bande dessinée ci-haut, et celui que je vais décrire ici. (Les deux ont été déportés au cours de l’activité).

Comme j’étais la seule membre du personnel à jouer « l’agente » pour le groupe, je leur ai demandé de se séparer en familles pour leurs personnages et leurs histoires, pour les aider à avancer plus vite dans l’activité et afin que personne n’ait peur de venir au bureau de l’immigration.

L’un des premiers groupes qui est venu vers moi pour son entrevue était un groupe de trois jeunes hommes. Je leur ai demandé leurs noms et leurs passeports. Tous les trois avaient des noms de famille différents et vivaient dans différentes parties du monde.

Je leur ai dit : « Quel est le lien entre vous trois ? Vous n’êtes pas une famille! »
Ils ont répondu : « Nous sommes des frères... adoptés. »
J’ai répliqué : « Pourquoi venez-vous au Canada ? »
Un autre a dit : « Nous sommes des artistes qui souhaitent vivre au Canada ! »
J’ai demandé : « Quel type d’artistes ? »

Ils se sont regardés … « Nous sommes un quatuor de barbershop ! » a déclaré un des trois jeunes, plein de confiance.

Évidemment, vous voyez le dilemme.

J’ai expulsé ce groupe de jeunes hommes pour activité suspecte – ils étaient trois membres d’un quatuor de barbershop et ils ne pouvaient pas prouver qu’ils étaient capables de chanter. Ils étaient tous de très bonne humeur après avoir reçu leur ordre d’expulsion.

Rapidement, la visite du Musée s’achevait et je les ai ramenés vers le vestiaire. C’est là que j’ai répondu à quelques questions comme : « Pourquoi tout le monde a une petite épingle bleue qui dit « Français » ? » « Est-ce que j’ai parlé une autre langue que l’anglais et le français ? ». Après avoir répondu à leurs questions, j’ai accompagné tout le monde en bas vers la sortie, leur ai fait mes adieux et leur ai souhaité un bon voyage. J’espère que le reste de leur visite en Nouvelle-Écosse s’est bien passé, malgré le temps hivernal !

Cet après-midi-là, je suis partie avec un sens renouvelé d’accomplissement. Parfois, nous devons nous pousser en dehors de nos zones de confort pour apprécier ce que font les autres autour de nous. Pas besoin d’avoir peur de faire des erreurs. Essayer quelque chose de nouveau et faire des erreurs sont des occasions d’apprendre sur nous-mêmes et de nous améliorer, et si vous faites une erreur, ce n’est pas la fin du monde. Comme le disait Scarlett O’Hara, une résidente de fiction de la Géorgie : « Après tout... demain est un autre jour ! »