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Notes recueillies sur le terrain : Une odyssée d’histoire orale

Dans le cadre de la refonte de nos expositions permanentes, l’équipe d’histoires orales entreprend des voyages de recherche à travers le Canada afin de mener des entrevues avec des immigrants, des professionnels et des bénévoles offrant des services aux immigrants ainsi que des Canadiens et Canadiennes de deuxième génération. Mes recherches de l’automne dernier m’ont entraînée vers Montréal, ma ville natale, pour y mener des entrevues d’histoire orale avec 10 participants en quatre jours, une tâche plutôt exigeante. Bien qu’ayant travaillé pour le Musée depuis près d’un an, c’était là mon premier voyage de recherche et je tenais absolument à ce que tout se déroule sans heurts. Durant ce périple, j’ai voyagé avec un vidéaste professionnel et six valises d’équipement technique à remorquer. Ce fût une expérience formidable qui n’a fait qu’accroître mon amour du travail de recherche sur le terrain. J’ai pensé qu’il serait bon d’en partager quelques faits saillants.

Mes premières interlocutrices étaient Roma et Vida, deux sœurs d’origine lithuanienne. Nées dans un camp pour personnes déplacées en Allemagne, après la Deuxième Guerre mondiale, elles y vécurent quelques années avant leur venue au Canada. Elles étaient alors toutes petites, mais se rappellent avoir entendu leurs parents discuter de leur expérience avec des amis. Roma et Vida ont aussi fait preuve d’un engagement profond auprès de la communauté lithuanienne de Montréal, particulièrement dans la paroisse Saint-Casimir, baptisée en l’honneur du saint patron de la Lithuanie. Les deux sœurs sont remarquablement proches l’une de l’autre et c’était merveilleux de les voir interagir et parler ensembles de leurs souvenirs familiaux.

Chloé, elle, avait offert une histoire écrite pour notre collection d’histoires. En la lisant, j’ai pensé qu’elle serait une participante de choix pour nos histoires orales. Durant notre préparation d’entrevue, Chloé mentionna que son mari, Benjamin serait peut-être également intéressé à être interviewé et que sa période d’adaptation au Canada avait été beaucoup plus facile que la sienne. Chloé est venue de France en 2011 comme stagiaire et s’est rapidement vu offrir un emploi pour la marque de mode où elle travaillait. Alors que Benjamin assimilait rapidement la culture canadienne, Chloé a ressenti, durant ses premières années ici, les affres de la solitude et de la nostalgie du pays. Ils se sont mariés en septembre dernier et ont acheté leur première maison.

Rosalia avait elle aussi offert une histoire écrite à notre collection d’histoires et j’avais hâte de l’interviewer. Voyez-vous, Rosalia, c’est un cas ! Elle est venue au Canada atteinte de la polio. Son père croyait que le Canada pourrait lui offrir l’aide médicale dont elle avait besoin, et dont elle ne pouvait jouir en Italie dans les années 1950. Une fois arrivée à Montréal, Rosalia a posé un geste qui rend son histoire exceptionnelle, elle s’est inscrite à l’école de langue française. À l’époque, la plupart des immigrants italiens fréquentaient l’école anglaise, et donc, l’expérience de Rosalia à l’école française était très distinctive. À la fin de l’entrevue, elle a affirmé à quel point elle était heureuse d’avoir l’occasion de partager sa propre histoire avec d’autres et vouloir dédier son témoignage à son père, aujourd’hui décédé.

Lorsqu’un autre participant a du se désister pour cause de maladie, Julija et sa fille Joanna ont accepté aimablement à la dernière minute, d’être interviewées. Julija avait fui la Lithuanie pour échapper à l’envahissement de l’armée soviétique et a vécu dans des camps de concentration libérés jusqu’à sa venue au Canada en 1949. Joanna est une Canadienne de deuxième génération très active au sein de la communauté lithuanienne. Julija est une petite femme timide, mais son histoire de survivante lithuanienne et de personne déplacée jusqu’à sa venue au Canada démontre sa grande force. C’est une femme remarquable.

Sachant que je venais à Montréal pour ce voyage de recherche, j’ai décidé de communiquer avec une amie de la famille qui travaille avec un organisme à but non lucratif d’aide aux réfugiés. AGIR (Action LGBTQ avec les immigrant(e)s et réfugié(e)s) est voué à aider et soutenir les réfugiés LGBTQ à Montréal dans leurs recherches soit pour demander asile ou pour trouver un endroit où vivre. Elle était très heureuse que nous soyons intéressés à parler à des membres de la communauté LGBTQ et m’a mise en contact avec quelques personnes actives de diverses façons auprès d’AGIR. Ces entrevues comptent parmi les plus fortes et profondes qu’il m’ait été donné de mener (et j’en réalise depuis sept ans !) et elles m’accompagneront longtemps. Elles m’ont encore davantage convaincue que de partager ces témoignages personnels avec une plus vaste audience canadienne ne peut que contribuer à susciter l’empathie, la compassion et la compréhension entre nos communautés.

Je suis reconnaissante à nos participants et participantes et j’ai une dette envers eux pour avoir partagé avec moi leur histoire et leur expérience. L’équipe d’histoires orales prendra de nouveau la route cet hiver et au printemps pour mener d’autres entrevue. Alors, si vous connaissez des personnes intéressées à participer, n’hésitez pas à communiquer avec moi via mon adresse courriel lsanchini@quai21.ca.