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Épisode 2 - Canada : Jour 1

Vue d’ensemble de l’épisode : L’expérience d’immigration est marquée par des “Premières”. Le premier jour dans un nouveau pays prend forme avec les premières étapes de chacun, les premières impressions et les premières expériences. Canada: Jour 1, notre première exposition itinérante, présentée actuellement jusqu’au premier septembre 2014 au Musée de Nanaïmo en partenariat avec la Central Vancouver Island Multicultural Society , explore les diverses expériences personnelles d’immigrants à leur Jour 1, depuis la Confédération jusqu’à aujourd’hui.

Cet épisode se concentre sur les premières expériences au Canada et met en vedette de courts extraits de Monybany, Fredrick et Bernadete, des participants interviewés dans le cadre de Canada: Jour 1. Nous partageons une sélection de leurs histories orales qui se concentrent sur ce qui les a surpris, ce qui les a choqués et ce qui a créé la plus forte impression durant leurs premiers jours au Canada.

Cliquez dessous pour entendre la baladodiffusion en anglais ou lisez la transcription ci-dessous en français.

L’indicatif musical de « Le Grand tiroir » a été composé par Ian Hayes.

Transcription:

Laura Sanchini (LS): Bonjour et bienvenue au « Grand tiroir », la baladodiffusion du Musée canadien de l’immigration du Quai 21. Je suis votre animatrice, Laura Sanchini. L’épisode d’aujourd’hui mettra l’accent uniquement sur des expériences du premier jour au Canada coïncidant avec notre première exposition itinérante « Canada : Jour 1 » qui s’ouvre au début de juin à Nanaimo, C.-B. Et voyagera dans tout le Canada au cours des prochaines années, un projet pour lequel nous débordons d’enthousiasme. Alors, pour m’appuyer lors de ce premier épisode, j’ai refait appel, à la demande générale, à l’une de nos recherchistes, Lindsay Van Dyk. Bonjour Lindsay !

Lindsay Van Dyk (LV): Bonjour! Merci de m’avoir réinvitée.

LS: Merci à toi d’être revenue ! Peux-tu me parler un peu du rôle de l’histoire orale et de Canada : Jour 1 ?

LV: Oui, alors en prévision de cette exposition, notre équipe a voyagé dans tout le Canada pour recueillir des interviews. Nous sommes allés à Fredericton, Montréal, Toronto, Winnipeg, Saskatoon, Red Deer, Vancouver et Victoria, donc vraiment d’un bout à l’autre du pays en interviewant des personnes ayant une histoire et des expériences diverses. Nous avons eu près de 30 participants et j’ai eu la chance d’écouter toutes ces interviews et d’entendre des histoires vraiment incroyables que je partagerai avec enthousiasme avec vous.

LS: Et je crois que la plupart d’entre nous dans l’équipe de recherche et d’histoire orale sommes devenus familiers avec les interviews et les participants à Canada : Jour 1, alors nous sommes vraiment heureux de pouvoir partager des extraits d’entrevues avec les auditeurs en espérant qu’ils voudront aussi visiter notre exposition itinérante. Alors, ce que nous avons cru bon de faire, c’est de présenter des extraits d’entrevues de participants à Canada : Jour 1 relatant leurs premières expériences au Canada qui ne font pas partie de l’exposition. Alors, ce qui a frappé ou surpris les nouveaux arrivants à leur arrivée au Canada et créé les souvenirs les plus mémorables ?

LV: Oui, et je crois que ce qui est le plus fantastique au sujet de ces histoires orales, c’est qu’elles montrent la diversité des expériences et que les gens parlent aussi bien de leurs moments les plus inoubliables que d’expériences quotidiennes. Ça nous permet de constater que tous les instants de ces premiers moments, sans être exceptionnels et de nature à changer le cours de l’existence ont quand-même laissé des souvenirs durables.

LS: Alors, allons-y. Qu’est-ce que vous nous présentez aujourd’hui ?

LV: Eh bien, le premier extrait est de Monybany Minyang Dau. Né au Soudan du Sud, il s’est engagé volontairement comme enfant soldat dans l’Armée populaire de libération du Soudan du Sud. Il a été envoyé étudier à Cuba par l’APLS et y est resté 12 ans, mais quand l’économie cubaine s’est mise à chuter, il ne pouvait plus y demeurer et il est venu au Canada comme réfugié, en 1998. Dans cet extrait, il raconte sa première rencontre avec des toilettes automatiques à l’aéroport de Toronto.

EXTRAIT :

Monybany Minyang Dau: Alors, je suis venu ici et là, j’ai vu mes premières toilettes automatiques au Canada. C’était très drôle pour moi – en fait c’est drôle maintenant, mais pas à ce moment là- Alors il y avait là trois « monsieurs », je me suis mis à côté d’eux pour me soulager, et j’ai vu qu’ils partaient en laissant tout, sans rien faire, et la chasse se tirait toute seule. Alors j’ai cru qu’ils avaient appuyé sur un bouton, mais je ne le voyais pas. Alors, je suis resté planté là, craignant de passer pour un idiot si je laissais tout dans cet état et me demandant quoi faire car je ne pouvais actionner la chasse d’eau. Je suis resté là un bon bout de temps, peut-être cinq minutes, peut-être dix !

LS: Ah la technologie ! Je veux dire : beaucoup d’entre nous la tiennent pour acquise, elle est comme, je dirais, une partie assumée de notre vie de tous les jours. Malgré tout, je me souviens certainement que j’avais été moi-même perturbée par ma première expérience avec des toilettes automatiques.

LV: Mais on y est tellement habitués maintenant ! Maintenant je sais que quand je vais me laver les mains, je m’attends à ce que l’eau coule d’elle-même, et ça me prend un petit moment avant de réaliser que je dois ouvrir moi-même le robinet. Alors on ne pense pas que ces technologies qu’on prend pour acquises peuvent être mystifiantes ou surprenantes pour un nouveau venu.

LS: Manifestement. Alors, je crois que dans notre prochain extrait, nous avons un participant francophone.

LV: Oui, nous avons Fredrick Wangabo Mwenengabo. C’est un activiste des droits de l’homme originaire de la République démocratique du Congo. Il était persécuté là-bas à cause de son travail et il s’est enfui en Ouganda. Mais la persécution se poursuivait là-bas aussi, alors il est venu au Canada, immigrant à Fredericton, au Nouveau-Brunswick en 2009. Dans cet extrait, Fred se rappelle avoir atterri à l’aéroport de Toronto et réfléchit à la diversité qu’il y a constatée dès son arrivée.

LS: Parfait ! Écoutons-le.

EXTRAIT :

Fredrick Wangabo Mwenengabo: Mais à l’aéroport, c’était bon: je suis arrivé, ma première impression était très bonne. Je voyais le multiculturalisme. Quand je voyais tous ces gens-là qui travaillaient dans l’aéroport, euh, de—de différentes cultures, je me disais: « Wow, ça c’est bon! » Et puis je me disais: « Tous ces gens-là ils apportent une richesse quelconque parce qu’ils apportent ce qu’ils connaissent de leur culture, l’autre de sa culture, l’autre de sa culture et tout ça, ça forme une richesse. Et je me disais: « Est-ce que ce n’est pas la raison que l’aéroport est—cet aéroport est beau, euh, c’est grand. Euh, ce—ce—ce—» Je me disais: « Est-ce que ce n’est pas même la raison pour laquelle je vois il y a de grandes maisons, Toronto est grand, est-ce que ce n’est pas ça, même si je ne suis pas encore allé en ville? » Je me suis dit: « Hm, ça, c’est une ville qui accepte tout le monde quand même. » Et c’était comme ça; c’était mon impression à Toronto.

LS: Alors, je résume, pour nos auditeurs dont le français n’est peut-être pas la première ou la seconde langue. Fred était vraiment impressionné de voir à quel point les employés de l’aéroport de Toronto reflétaient le multiculturalisme et pensait qu’en amenant leur identité et leur culture antérieure au travail, ils enrichissaient leur travail en raison de cette multiplicité de vues et de cultures, et, vous savez, c’était pour lui une métaphore de la société canadienne.

LV: Oui, et Fred, ayant subi des persécutions est tellement plus conscient de l’importance que des gens d’horizons variés puissent vivre et travailler ensemble. Le constater à l’aéroport a dû lui sembler un vrai signe de bienvenue.

LS: Alors, je crois qu’il nous reste un autre participant à entendre.

LV: Oui, il s’agit de Bernadete Gouveia. Elle est originaire de l’île portugaise de Madère. Elle est venue au Canada en 1969 pour rejoindre son mari qui avait immigré à Toronto trois ans plus tôt. Dans cet extrait, elle décrit ce dont elle se souvient le plus de cette première journée au Canada, de son atterrissage à Toronto et son trajet jusqu’au nouveau foyer que son mari leur avait préparé.

EXTRAIT :

Bernadete Gouveia: J’ai adoré l’aéroport – ça peut vous sembler bête. Mais, venant d’une île dotée d’un tout petit aéroport, votre réaction devant quelque chose d’aussi grandiose, c’est de dire « Wow » : c’est formidable ! Puis, ensuite, de voir toutes ces voitures sur le trajet de la maison. Car, dans une petite île, on ne voit pas autant de voitures, alors, de voir toutes ces voitures, c’était tout simplement – je ne l’oublierai jamais. C’était le soir. En voyant toutes ces lumières en sens inverse, j’ai demandé à mon mari : « Est-ce que c’est – chez-moi, nous avons ces festivals de village avec plein d’illuminations – j’ai demandé à mon mari : est-ce qu’il y a une fête ? » Et il m’a répondu : « Non, c’est juste l’autoroute. Des voitures qui vont dans l’autre direction. » Oh, bonté divine. Est-ce que j’ai l’air stupide ? C’est ce que j’ai fait.

LV: Alors, pour ceux d’entre nous qui ont grandi dans des villes, des autoroutes pleines de voitures font partie de notre quotidien, et nous ne pensons pas que quelque chose d’aussi ordinaire puisse créer une impression aussi tenace, quelque chose dont elle se souvient 40 ans plus tard.

LS: Eh bien, Lindsay, merci d’avoir partagé avec nous ces extraits d’entrevues d’histoire orale. J’espère que nous avons piqué votre curiosité et stimulé votre envie de visiter notre exposition itinérante Canada : Jour 1 qui débute en juin à Nanaimo, en C.-B.et qui voyagera à travers le Canada au cours des prochaines années. Si vous souhaitez en savoir plus, consultez notre site Web à l’adresse www.quai21.ca et une fois sur le site, je vous suggère de naviguer, de vous informer au sujet de notre programme d’histoires orales et de ce que nous faisons au département de la recherche. Eh bien, chers amis, c’est tout pour l’épisode d’aujourd’hui. Ici Laura Sanchini. N’oubliez pas qu’il y a toujours des tas de choses dans « le Grand tiroir. »

Cliquez ici pour visionner les entrevues d’histoires orales avec d’autres participants issus de Canada : Jour 1 >


L’expression « Le Grand tiroir » tire son origine de l’œuvre d’écrivains russes faisant référence à des travaux qui ne seraient jamais publiés… qui resteraient pour ainsi dire dans le fond du tiroir du bureau. D’une certaine façon, nous voulons mettre au jour ce grand tiroir et partager avec vous tous nos aventures de recherche. La série de baladodiffusions du Grand tiroir, animée par Laura Sanchini, notre chercheuse en histoire orale, proposera un coup d’œil sur notre Collection d’histoires orales, des anecdotes savoureuses et des petites perles de nos chercheurs. Si vous avez des suggestions de thématiques pour les prochaines éditions, veuillez communiquer avec Laura : lsanchini@quai21.ca