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Dépêchez-vous et attendez... Les cinq étapes des voyages du temps des fêtes

J’ai remarqué que dès que je songe à voyager pendant le temps des fêtes, mon enthousiasme s’estompe. D’après mon expérience, fréquenter les aéroports au temps des fêtes n’a franchement rien de trop… joyeux. Souvent, je rêve d’un Noël beaucoup plus TRANQUILLE.[1]

Récemment, je voyageais de Toronto vers Halifax. Je venais de passer une semaine dans ma famille pour assister à un mariage et partager les traditions des fêtes avec eux en fêtant Noël. Pendant mon séjour, j’en ai profité pour passer prendre quelques artéfacts destinés à la nouvelle galerie de l’histoire de l’immigration canadienne, alors j’étais en aventure d’exposition.

Je suis arrivé trois heures à l’avance pour mon vol et j’étais spécialement nerveuse, à cause de ma responsabilité envers cette importante cargaison. Debout à l’aéroport avec mes montagnes de bagages, je ne pouvais m’empêcher de me rappeler les histoires que les gens m’ont racontées au sujet de leur arrivée au Canada. Les expériences que j’ai vécues pendant ce court voyage ne se comparent en rien avec le mélange complexe d’émotions que ces gens ont partagé au sujet de leur voyage au Canada, mais là, debout dans un aéroport en plein temps des fêtes, j’éprouvais de l’empathie pour les émotions vives qu’ils ont pu ressentir.

Étape 1 : Le stress du départ

Je sais que je quitte la maison et je dois me préparer. Par quoi commencer?

Je fais mes valises! À chaque voyage, il faut répondre à des questions et prendre des décisions :

  • quelle sera la température à ma destination?
  • y a-t-il de la place pour les cadeaux de Noël?
  • ma valise a-t-elle un poids et des dimensions convenables?

Généralement, pour moi, l’ensemble du processus de préparation des valises ne soulève que des doutes. Pour ce voyage-ci, mes priorités sont simples : les cadeaux de mariage et de Noël d’abord, puis tout ce que je pourrai faire entrer par la suite. En deux mots, c’est plutôt frustrant.

« La plupart de nos effets sont restés derrière, mais plusieurs se sont retrouvés dans les malles… Maman décidait quoi emporter et Papa le plaçait dans les malles… »
- La famille Nissen, arrivée du Danemark, 1928. [S2012.1215.1]

L’anxiété s’installe : mes documents sont-ils en ordre?

Le début de chaque visite de Noël me rend nerveuse : ai-je couvert tous les angles et songé à tout? Je n’avais encore jamais voyagé avec des artéfacts et des visions de bagages perdus hantaient mes rêves. Et si quelque chose leur arrivait? Changer ses projets de voyage pendant le temps des fêtes est difficile. Alors comment atténuer mes craintes? En m’organisant et en veillant à ce que mes papiers soient méticuleusement en ordre![2]

Je me suis mise à apprécier les documents de voyage que nous conservons ici aux archives du Musée. Chaque document est spécial à sa façon et chaque pays se présente différemment des autres. Les passeports allemands regorgent d’information utile où se trouvent souvent des indices subtils liant cette personne aux programmes d’immigration. Les documents italiens sont informatifs, tout en étant vraiment élégants. Je sais que la disposition des documents est un élément critique et parfois difficile du processus d’immigration. En regardant mon passeport, je ne peux que constater combien voyager est plus facile pour moi que pour eux.

Une fois les dispositions prises et les ententes de prêt copiées pour le voyage, je me sens plus confiante pour le départ. Le moment de vérité a sonné : comment dire au revoir? Billet à la main, voiture bien remplie, la tristesse dans l’air est palpable. Je sais que je les reverrai, mais quitter sa famille n’est jamais facile. Nous reculons dans l’entrée en jetant un dernier coup d’œil à la maison et c’est officiel, je suis en route.

« L’autobus était maintenant rempli de jeunes couples comme nous… Nous les avons vu dire au revoir à leurs proches. Nous en avions nous aussi les larmes aux yeux. »”
- Baukje Bouma, arrivée des Pays-Bas, 1948. [S2014.592.1]

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Étape 2 : apprendre à aimer les files d’attente

L’aéroport est un endroit qui peut susciter la confusion, même dans les meilleurs moments; c’est encore pire au temps des fêtes. Je cherche vainement le comptoir de ma compagnie aérienne. Sans le savoir, j’étais au mauvais terminal. J’ai marché, en me battant contre mes sacs et ma caisse d’artéfacts le long des couloirs. Mon objectif : ne frapper aucune de ces personnes encore emmitouflées pour l’hiver. Je croyais participer à un marathon. En entrant dans le labyrinthe de la file d’attente, la peur a commencé à m’envahir.

Avais-je oublié quelque chose? Et si le transporteur refusait un de mes bagages?

« Nous savions que nous étions inoffensifs, mais la vue des deux agents en uniforme semblait les terrifier… Nous avons alors demandé à nos collègues agents de sourire, même s’ils n’en avaient pas envie. »
- Arthur J. Vaughan, , agent des douanes au Quai 21, 1945-1965. [S2012.808.1]

Mon côté rationnel savait que je n’avais rien à craindre, mais l’ensemble du processus était tout simplement intimidant. J’étais encore dans une file d’attente. Les barrières de sécurité me rappelaient les photos que j’ai vues des douanes du Quai 21. Des gens et des sacs partout! En passant le détecteur de métal, je craignais qu’il ne se déclenche. Les gardes vont-ils m’enlever quelque chose ?

« Un des hommes qui voyageait avec nous sur le bateau disait tout le temps qu’il avait apporté avec lui un magnifique prosciutto qu’il avait préparé lui-même et qu’il avait bien hâte de déguster avec sa famille une fois à Toronto. Naturellement, l’objet a été confisqué aux douanes, à Halifax. »
- Maria Rosaria Pagano, arrivée d’Italie, 1961. [S2012.246.1]

Bien que ce processus me met les nerfs à vif, je ne peux que m’imaginer l’anxiété que ces nouveaux arrivants devaient ressentir.

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Étape 3 : l’ennui

Finalement! J’ai traversé le portail de sécurité et je suis dépassée par l’agitation des gens, par les odeurs et par les classiques de Noël familiers. En me rappelant les histoires de bagages perdus, je prie pour que ma caisse soit en sécurité.

« Nous avons vu les énormes filets qui sortaient les bagages de la cale pour qu’ils soient chargés sur les trains et avons aperçu avec horreur une de ces charges frapper contre le flanc du quai. Nous avons reconnu une énorme malle qui nous appartenait et que nous avions remplie avec soin quelques jours auparavant. Elle s’est fendue et l’argenterie, la porcelaine, les livres et les photos, tous nos précieux souvenirs ont coulé au fond des eaux sombres et huileuses du port de Halifax! »
- Beryl Affleck, arrivée d’Angleterre, 1946[3]

Parce que l’embarquement n’aurait lieu que dans quelques heures, l’attente a commencé. Incapable d’aller bien loin, il ne me restait qu’à chercher de quoi manger, trouver ma porte d’embarquement et me mettre à l’aise. Parce que c’est le temps des fêtes, tout le monde est arrivé tôt. La présence des passagers d’un 747 font en sorte que les sièges sont rares. Plutôt que de me serrer contre des étrangers, je me suis trouvé une place contre un mur, je m’y suis assise et j’ai sorti un livre. Mais l’attente est vite devenue lassante.

« Après avoir enduré l’ennui d’une semaine de traversée… ils finissaient par traverser le goulot des inspecteurs de l’immigration canadienne et se retrouvaient le lendemain à Montréal, puis à Toronto, Winnipeg, qui sait. »
- Malcolm MacLeod, employé du Quai 21, vers. 1954. [S2012.1773.1]

Le passage du goulot pour se rendre à l’aéroport fait monter mon adrénaline. Je suis excitée et éveillée, je m’assure qu’il ne me manque rien qui puisse causer un retard. Après cette poussée et un moment de tranquillité, l’ennui se transforme en fatigue. Il y a un moment, j’observais les gens; me voici maintenant endormie!

Je sais que beaucoup de nouveaux arrivants, pendant l’ère du Quai 21, ont passé une semaine en mer pour traverser l’Atlantique, mais il me semble qu’il s’est écoulé une éternité avant l’annonce de mon embarquement. Je me remets en file. Après m’être fait bousculer par la foule impatiente, je trouve ma place. Soulagement? Je me dis : « Te voilà maintenant où tu dois être. Alors, est-ce qu’on donne toujours des cacahuètes à bord des avions? »

« Ce train que je regarde doit nous mener à notre destination finale, avec escale à Montréal, puis en route vers Toronto. C’est tout nouveau pour moi. Nous descendons à peine du bateau. Le voyage nous a fatigués, épuisés. »
- Mary Leonetti Caravaggio, arrivée d’Italie, 1955. [S2012.961.1]

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Étape 4 : l’impatience

Est-ce qu’on arrive bientôt?

« Nous sommes aussi devenus de plus en plus impatients au fur et à mesure que nous approchions de notre nouveau foyer. Nous sommes arrivés à Carievale vers les neuf heures… las de voyager et impatients de terminer ce périple au plus tôt. »
- Bent Grønlund, arrivé du Danemark, 1954. [S2012.2344.1]

Étape 5 : la joie

L’étape finale est celle de la joie.

« Quand notre train est arrivé… la ville était recouverte de 5 cm de neige et moi, j’étais en pantalon court. Ma chère mère m’attendait là, toute en larmes. La joie se lisait sur son visage alors qu’elle m’embrassait; c’est un souvenir qui ne me quittera jamais. »
- Ronald Batchelor, arrivé du Pays de Galles, 1930. [S2012.148.1]

J’étais si excitée d’enfin arriver à destination et de pouvoir mettre mes artéfacts en sécurité dans l’entrepôt, si soulagée de ne pas les avoir perdus quelque part en chemin.

« Si vous n’avez jamais dû quitter vos possessions plus longtemps que pour des vacances normales, vous ne pouvez apprécier ce que ça représente que de les retrouver après trois mois de séparation… J’étais émerveillée par l’adresse avec laquelle Bendall de Cheltenham avait emballé le tout. Tout était en parfaite condition, y compris les tasses à thé et les cadres. »
- Jennie Frances Hudson, arrivée d’Angleterre, 1950. [S2012.1924.1]

Une fois entourée des trésors des nouveaux arrivants au Canada, je me suis rappelé du voyage que je venais de faire. J’ai réalisé que ce qui est le terme de mon aventure n’était que le premier épisode d’un tout nouveau périple pour ces nouveaux arrivants désireux de s’établir au Canada.

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  1. Ceci étant dit, ma mère prépare les meilleures boules au beurre d’arachides du monde. À elles seules, elles valent la peine de braver les foules!
  2. Prenez note : ce n’est pas tout le monde qui trouve que ça les détend. Je suis vraiment particulière.
  3. Granfield, Linda. (publication de 2002). Brass Buttons and Silver Horseshoes: Stories from Canada’s British War Brides. Toronto. McClelland and Stewart Ltd.