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La fête de la Saint-Patrick et les sushis : l’importance de l’histoire de l’immigration pour le Canada moderne

L’histoire de l’immigration.

Comment avez-vous réagi à ces mots ? Vous-êtes-vous crispé ? Avez-vous jubilé ? Vous êtes-vous endormi sur le champ ? Je sais bien, l’histoire de l’immigration n’est habituellement pas un sujet qui fait bondir les gens sur leur chaise. Je suis certaine que vous entendez toujours ça… « L’histoire, c’est ENNUYANT, c’était ma matière faible à l’école !» Croyez-moi, quand je dis aux gens que je suis une historienne d’histoire appliquée qui fait de la recherche sur l’immigration vers les provinces des prairies entre 1867 et 1914, les visages se crispent et les questions affluent. Ma préférée : « L’histoire de l’immigration entre 1867 et 1914 ? Est-ce vraiment pertinent ? »

Eh bien, oui !

L’histoire, ce n’est pas qu’un texte dans un vieux manuel, ce n’est pas seulement enseigné en classe et ce n’est certainement pas ennuyeux. Par exemple, ici, au Musée canadien de l’immigration du Quai 21, l’histoire ne fait pas que revivre, elle continue d’être vivante. On ne fait pas que vous enseigner le passé, on vous le fait respirer, on vous fait marcher sur ses traces, et on vous le fait voir avec les yeux des nouveaux arrivants au Canada de 1928 à 1971, alors que le Quai 21 était un port d’immigration internationale en plein essor.

L’histoire de l’immigration au Canada est tout aussi vivante aujourd’hui qu’elle l’était il y a près de 100 ans au Quai 21 et dans tout le Canada, et elle est tout à fait appropriée pour notre monde moderne.

Je suis stagiaire de recherche ici au Musée, et pour moi, l’immigration vers les prairies canadiennes entre 1867 et 1914 représente la période la plus intéressante et fascinante de l’histoire canadienne de l’immigration. Cette période cruciale d’immigration a non seulement contribué à développer l’agriculture et l’industrie si résilientes dans l’économie canadienne, mais elle a aussi accru de millions d’âmes la population canadienne. De 1896 à 1914, particulièrement, les ports d’immigration regorgeaient d’immigrants. Avec le parachèvement du Chemin de fer Canadien Pacifique en 1885 et la prospérité économique établie après 1896, les trains de voyageur débarquaient des flots d’immigrants qui créaient des villes à partir de rien. En un clin d’œil, la colonisation des Prairies créa des villes champignons : la population de Winnipeg au Manitoba passa de 200 en 1871 à 20 000 en 1886 et à un nombre étonnant de 150 000 habitants en 1911. Alors que les villes du centre et de l’Est du Canada franchissaient tranquillement les étapes, de hameau à village, puis de ville à cité, dans les Prairies, on vit des hameaux devenir des cités en quelques petites années.

Les Prairies devinrent la nouvelle patrie de millions de colons en quête de prospérité économique et d’une vie meilleure au Canada. La plupart de ces immigrants dans les Prairies s’établirent sur des fermes et contribuèrent à créer le grenier canadien et l’industrie pétrolière tous deux de renommée mondiale. Les populations d’origine étrangère apportèrent de leur pays de nouvelles idées et de nouvelles méthodes faisant passer les Prairies d’une plaine inculte à une magnifique contrée de terres productives. Bien que la plupart des immigrants soient venus au Canada en emportant peu de biens, les coutumes et les pratiques qu’ils emmenaient avec eux ont eu une immense influence sur la culture de ce pays.

La culture canadienne d’immigration n’est pas de l’histoire ancienne, ni même de l’histoire récente, c’est une réalité bien vivante. Dans bien des coins du pays, les traditions et les pratiques « étrangères » sont devenues une norme. Le Ramadan, la Saint-Patrick, le Nouvel an chinois et Hannoucah sont tous des éléments courants du calendrier canadien d’aujourd’hui. Des régions peu prisées des Prairies sont maintenant des terres arables en raison de techniques d’irrigations apportées par des immigrants. La fameuse variété de blé canadien Marquis a été créée au début des années 1900 à partir de deux souches provenant d’Écosse et d’Inde.

S’il est si important de connaître les histoires des immigrants, c’est parce qu’elles continuent à façonner l’avenir du pays. Le Canada est connu mondialement comme un pays d’immigration, un pays démesurément grand et une terre d’accueil tout aussi pacifique. La réputation de terre d’immigration du Canada ne date pas d’hier. En 1911, et encore en 2013, près de 20 % de la population du Canada est née à l’extérieur du pays. Durant le 20e siècle, ce pourcentage n’a jamais été inférieur à 15 %; une statistique quasi stupéfiante durant un siècle marqué de deux guerres mondiales et de changements aux politiques canadiennes d’immigration. C’est impressionnant, Canada.

L’histoire canadienne de l’immigration n’appartient pas au passé, mais au présent. Elle se déroule tout autour de nous alors que de plus en plus d’immigrants arrivent au Canada, y créant leur propre histoire et apportant avec eux leur propre culture. Alors quand j’entends dire : « L’histoire de l’immigration entre 1867 et 1914 ? Est-ce vraiment pertinent ? » J’explique comment les peroguis que vous mangez ce soir sont le résultat direct de la culture d’immigration à une certaine époque. Si demain vous mangez des sushis et regardez un match de curling à la télévision, c’est à cause de l’immigration japonaise et écossaise au Canada. Je mentionnerais aussi que K’naan, peut-être votre chanteur favori, et Michäelle Jean, ancienne gouverneure générale du Canada, sont tous deux des immigrants au Canada.

L’immigration au Canada au fil des décennies a amené avec elle des ressources culturelles que nous ne percevons plus comme « étrangères », car elles sont devenues une norme. L’histoire de l’immigration, sans le moindre doute, est vraiment très pertinente.

Mise à jour le 16 mars 2016