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Le participant au programme Bienvenue chez-vous au Canada : Mark Tambal (2015)

Un périple vers l’indépendance

Écrit par Jo Kostin

Je m’appelle Mark Tambal et je suis ici maintenant depuis quatre ans. Je n’étais pas venu au Canada comme immigrant mais comme travailleur étranger temporaire venant des Philippines et tout récemment, devenu un résident permanent. C’était une façon désespérée de venir au Canada. J'avais appliqué de mon propre chef sans aucun soutien particulier de ma mère qui ne voulait pas me voir partir si loin. Je ne peux pas vraiment expliquer pourquoi j’étais attiré par le Canada. Il avait fallu deux ans pour y arriver. Je devais prouver que j'avais un employeur ici. Mon employeur m’avait laissé tomber à la dernière minute mais j’avais été en mesure d’en trouver un autre en Nouvelle-Écosse et voici comment je m’étais retrouvé ici, au lieu du Manitoba.

Mes premières années avaient été très difficiles et j’avais souvent douté de ma décision d'immigrer. Je travaillais dans une salle à manger, au centre-ville de Halifax, comme travailleur temporaire et mon expérience n'avait pas été très bonne. Je sens que j’étais certainement un des travailleurs dont on abusait. On me donnait les pires quarts de travail (la nuit jusqu'à 4 heures) et je subissais beaucoup d'expériences dangereuses et très désagréables. Je devais être seul alors que les autres quarts de travail avaient trois personnes qui travaillaient ensemble. J’étais dénigré et je souffrais de comportements inappropriés. Ils m’avaient obligé à travailler lorsque j’étais malade, je n’avais pas droit aux vacances et ainsi de suite... C’était une période très stressante pour moi. Même mon apparence physique était affectée, je perdais beaucoup de cheveux et ma peau était devenue moins saine. D'une certaine façon, je suis content de cette période terrible parce que cela m’avait donné la chance de trouver ma force personnelle. J'étais créatif afin de trouver mes propres moyens de survie. Je faisais tout moi-même, appliquer pour ma résidence permanente et trouver des solutions à ma situation. J'avais appris mes droits comme travailleur et j'avais commencé à me battre pour ces droits. Cela n'avait pas fonctionné pour moi, mais au moins les gens des organisations d'immigration avaient appris sur la façon dont mes employeurs traitaient les travailleurs étrangers.

Après avoir finalement trouvé un autre emploi et avoir été en mesure de trouver ma place, je me sentais très fier de moi car je pouvais m’en sortir. Maintenant, je pense que venir ici n’était pas une mauvaise idée après tout. Je travaille maintenant à la Bibliothèque centrale de Halifax et j’apprécie beaucoup mon travail. Il y a une concurrence féroce pour avancer et je suis prêt à recevoir des défis plus exigeants. L’association pour l’accueil des immigrants de la Nouvelle-Écosse (ISAN) m'avait envoyé au Quai 21 et j'avais obtenu le poste d'assistant de référence au Centre d'histoire familiale Banque Scotia. J’aidais les personnes à retracer leur généalogie. C’était une expérience incroyable et elle m’avait aidé à acquérir une expérience en bibliothèque. Les gens avec lesquels je travaillais étaient très serviables. J'étais formé par un ancien participant au programme Bienvenue chez vous au Canada.

Je m’étais fait beaucoup d'amis mais tous venaient des Philippines. Je sentais qu'il y avait un mur invisible lorsque venait le tour de Canadiens. La différence culturelle est un obstacle évident. Il est difficile d'établir une relation personnelle solide. En venant au Canada, je savais que la barrière de la langue ne serait pas un réel problème pour moi parce que je parle bien l'anglais mais je craignais la mentalité différente que je rencontre ici. Je craignais du racisme mais heureusement je n’en rencontre pas souvent.

J’avais toujours voulu être un travailleur humanitaire au sein de programmes mondiaux tels que le Corps de la paix des Nations-Unies. De retour aux Philippines, j'avais étudié le droit mais pendant ma troisième année à l'école j’avais eu un accident de moto. J'avais été hospitalisé et je n’avais pas pu finir mes études.

Les programmes de récupération et de remise en forme étaient très coûteux, je n’avais donc pas été en mesure de retourner à l'école et de devenir avocat. Je travaillais comme assistant d’élection pour le gouvernement mais je sentais que je n'étais pas rémunéré correctement et il me semblait que c’était là un emploi sans avenir. Tout était selon les contacts là-bas, non pas selon les compétences, l'éducation ou le dévouement. Ainsi, même si j'avais travaillé pendant dix ans, je ne pouvais pas espérer un poste permanent. Je me faisais dépasser par des personnes n’ayant ni l'éducation ni la formation mais qui avaient les bonnes relations. Après cela, j’étais allé travailler pour différents organismes sans but lucratif. Je trouve ridicule que les gens d’ici se plaignent du gouvernement après avoir vécu dans un pays où le gouvernement est tellement rempli de corruption et de bureaucratie. En outre, les services sociaux ne répondaient pas du tout aux besoins des personnes. Ici les services que vous pouvez obtenir auprès du gouvernement sont rapides et efficaces. Je me rappelle la fierté que j’avais lorsque j’avais obtenu mes pièces d’identité de la Nouvelle-Écosse. C’est pour moi un endroit utopique à cet égard.

J'avais choisi de venir au Canada bien que j’avais une très bonne vie aux Philippines. Toute ma vie, j’étais resté à la maison de mes parents. C’est une pratique courante là-bas, même pour ceux et celles qui grandissent ou qui possèdent déjà leur propre famille. Ma mère est retraitée du secteur de la santé et mon père est directeur d'école à la retraite. Nous avions des bonnes, des personnes pour laver mon linge, du personnel pour mon petit déjeuner et pour répondre à tous mes besoins.

Mon pays me manque et j’ai l'intention d'y aller pour visiter de temps en temps. L'atmosphère culturelle me manque; c’est tellement décontracté. Je vivais près de la mer et je pouvais prendre des pauses pour aller lire un livre à la plage. La nourriture me manque. C’était toujours très frais, venant d’un arbre ou de la mer. C’était vraiment une vie commode mais, à un moment donné, vos parents peuvent exercer beaucoup de contrôle. Ma décision était de me rendre au Canada. Bien que je sois très proche de mon père et nous parlions beaucoup et avions une excellente relation, je n’avais pas dit à mes parents les difficultés que j’avais d’ici et j’avais menti sur mon premier emploi. Mon père me motive toujours et a une personnalité très positive. Il y a une partie positive de mon cœur qui m’aide beaucoup à être une personne heureuse et qui me pousse à aller de l'avant. Je ne peux pas exprimer à quel point je suis satisfait de ma vie actuelle. Je n'ai pas de regrets, je suis très fier de moi d’être venu et d’y avoir survécu par moi-même. Je me sens à l'aise ici. J'adore l'océan et je ne sais pas pourquoi mais j'aime les phares. J'ai une collection de photos et de phares miniatures. Je réalise mon rêve ici. Je ne suis pas à la recherche d'une vie de luxe, je cherche juste une certaine satisfaction personnelle, d'être heureux et de sentir que je construis ma propre vie.