Skip to the main content

Le participant au programme Bienvenue chez-vous au Canada :
Jo Kostin (2015)

Un périple vers la maison

Depuis que j’avais réalisé que mon nom était « Yonit », je détestais ça. Cela ne pouvait pas être mon nom, ça devait être une erreur. J’étais offensée lorsque les gens m’appelaient Yonit, mais la recherche d'un nom avec lequel je me sentirais confortable s’est avéré être une tâche assez difficile. Comment se définir, se présenter? Enfin, je décidais que de ne pas se définir était la bonne façon. Traduire seulement les premières lettres « Yo » vers l'anglais et je trouve « Jo » ce qui n'a pas de sens particulier. Cela pourrait être n’importe qui, un garçon, une fille, sans aucune association immédiate qui vient à l'esprit lorsqu’on l’entend. Cela me convenait très bien et j’avais donc changé mon nom, en dépit des objections féroces de mes parents.

La langue anglaise était ma première vraie passion. Je l'ai apprise par moi-même à partir de la première année, je n’avais jamais révélé à ma famille combien c’était difficile de regarder en anglais autant de films et dessins animés. Ma mère et son frère aîné aimaient parler en anglais en m’ignorant, comme si je n’étais pas là, en pensant que je ne pouvais pas les comprendre parce qu’en Israël à ce moment-là, il n’était possible d’apprendre l’anglais qu’à partir de la quatrième année. J'aimais tellement l’anglais que j’avais commencé à penser et à rêver en anglais. Ce fut mon « coin secret » vers lequel mon esprit se tournait.

L’anglais était en réalité ma troisième langue. Mes parents avaient émigré, de l'URSS en Israël, dans les années soixante-dix. Mes grands-parents les avaient suivis et j’avais été pratiquement élevée par ma grand-mère qui ne parlait que le russe. Au moment où j’étais allée à l'école, mon russe était excellent mais mon hébreu était très pauvre. Je faisais rire et je me faisais taquiner par mes camarades de classe pour ma lenteur à lire et à écrire. C’était arrivé parce que pendant qu'ils apprenaient à épeler les mots, j'essayais de trouver leur signification. Pendant la majeure partie de mon enfance, j’étais « l’intruse ». J’étais la seule blonde (oui, enfant j’étais blonde) Ashkénaze (originaire d'Europe, d’Europe de l'Est ou de Russie) fille dans un quartier qui se composait principalement de personnes dont les familles avaient émigré des pays arabes comme le Maroc, la Tunisie et l'Irak. Je dis émigrée parce que la plupart des Juifs avaient immigré en Israël, à un moment ou un autre, depuis le début du XXe siècle, de partout dans le monde.

Rien n’a de sens pour moi alors que je grandis. Comment puis-je expliquer cela? Je ne comprenais pas la mentalité et la culture israélienne. J'ai toujours admiré les héros et les récits incroyables de l'histoire d'Israël, mais je ne pourrais jamais les revendiquer comme étant miens. Tout me semblait étrange et inconnu. C’était comme vivre un choc culturel permanent toute ma vie. Il y a des personnes qui se sentent comme si elles étaient nées dans le mauvais corps, eh bien, je sentais que j’étais née dans le mauvais pays. Malheureusement, la nationalité et l’origine ne sont pas quelque chose qu’on peut simplement refaire. Je suis née Juive en Israël et bien que je ne m'identifie pas toujours comme ça, cela fait partie de mon identité. Je peux cependant m’en rapprocher autant que possible. Certaines personnes quittent Israël à cause de toutes les difficultés et de la vie compliquée. Ils sont souvent vus comme des personnes qui quittent et qui fuient. Pour moi, c’était ce que je souhaitais depuis aussi longtemps que je me souvienne, et c’est finalement devenu une réalité. Je ne crois pas m’être sauvée, je crois que je suis venue. Ici, alors que je ne suis pas encore citoyenne, j'ai déjà un petit aperçu de l'appartenance. Les choses commencent à tomber en place. J'aime la façon aimable avec laquelle les gens se conduisent et la pensée que mes enfants qui grandissent dans une telle société ouverte et civilisée est une pensée heureuse. J'aime aussi entendre l'anglais autour de moi et écrire de gauche à droite. J'aime la température froide et capricieuse et le paysage magnifique. Heureusement, mon mari, absolument merveilleux dans tous les sens, partage ces sentiments. Nous avons choisi de venir au Canada, renaître ici et l'adopter comme partie de notre identité. J'ai même commencé à apprendre le français et à boire du café « Second Cup » (Tim Horton était trop, beaucoup trop tôt).

Avant de venir au Canada comme immigrants, nous avions visité différentes provinces. Nous étions tombés en amour avec la beauté de la Nouvelle-Écosse. Ce que nous apprécions tout particulièrement, c’est que les gens ici interagissent avec la nature autant que possible. Le paysage général reflète le fait que les gens vivent avec la nature et sont en paix avec elle. Ils n’essaient pas de l’asservir ou de la détruire pour leurs propres besoins ou pour la transformer en paysage à la mode. Nous sommes allés voir Ottawa pour célébrer mon anniversaire dans notre nouvelle capitale. En revenant de là-bas, alors que nous quittions l'avion, mon mari s’était tourné vers moi et avait formulé ce que je ressentais à ce moment-là. Il m’avait dit que c’était la première fois de sa vie qu'il avait vraiment l’impression de retourner à la maison.

Il y a de nombreux défis à être immigrant. C’est une grande transition, effrayante et stressante. Principalement, je sens que ma vie, en particulier son aspect professionnel, est dans un éternel « recommencement ». Je dois me réinventer et, à certains égards, redécouvrir mes propres capacités. Travailler au Musée canadien de l'immigration du Quai 21 a été une véritable joie. J'aime être entourée par des gens intelligents et aimables. Vous pouvez toujours entamer une conversation et être certain que ce sera intéressant et enrichissant. J'ai beaucoup appris dans mon court séjour ici, au sujet de de l'histoire et de la culture canadienne. Pour moi, ce programme reflète vraiment son nom et me fait sentir que je suis bienvenue, chez moi au Canada.