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Les participants au programme Bienvenue chez-vous au Canada : Carina Feng (2015)

Un périple vers le destin

Écrit par Jo Kostin

Je m’appelle Chen Feng, en chinois, mais j'ai choisi Carina comme nom anglais lorsque j'ai commencé à apprendre l'anglais à l'université. Il y a une sorte de règle tacite ou une coutume quand on est dans un environnement anglophone. Carina n'a pas de signification particulière, j’aimais juste sa sonorité mais Chen signifie Soleil du matin. Je suis née le matin, j’étais petite et faible. Mon grand-père m'avait donné un nom qui portait une sorte de pouvoir pour que je puisse grandir plus forte, comme le soleil du matin, pleine d'énergie et d'espoir.

Je travaillais comme enseignante dans une école de formation en anglais, dans ma ville natale, Xi'an. J'étais aussi coordonnatrice au ministère des affaires étrangères. Mon rôle consistait à aider les enseignants étrangers de l'école pour tout et rien, pour tous les problèmes apparaissant pendant leur séjour en Chine; des choses comme obtenir une carte bancaire, une carte de téléphone, trouver un appartement, payer les factures et faire installer Internet.

Andrew avait obtenu son diplôme de l'Université de l'Alberta et avait reçu une offre pour une maîtrise de l'Université Dalhousie. Il avait demandé un report d’une année pour lui permettre de voyager. Il voulait être confronté à une culture tout à fait différente, il avait choisi la Chine. Il avait choisi Xi'an parce que c'est une ville très ancienne qui présente beaucoup d'histoire. Après un entretien sur Skype avec le directeur de l'école, il obtenait un visa de travail. Il était venu et nous nous étions rencontrés et tout avait changé. Il y avait eu de nombreuses situations où nous étions ensemble à l'extérieur de l'école alors que je l'aidais à s’installer. Lorsque nous nous connaissions plus, nous avions décidé d’avoir un rendez-vous. Je lui montrais la ville et nous essayions la nourriture locale. Je n'avais pas d'amis qui n’étaient pas chinois auparavant et tout était alors différent.

Je me souviens qu'après que nous soyons sortis ensemble, j’avais dit à ma mère que c’était la première fois de ma vie qu’un homme m’avait ouvert la porte du taxi. Quand j’étais entrée dans le taxi, il avait mis sa main au-dessus de ma tête pour me protéger de façon à ce que je ne me blesse pas. C’était spécial et nouveau, cela n’était jamais arrivé auparavant. Nous étions devenus un couple vraiment rapidement, moins d'un mois après notre rencontre.

Andrew terminait son contrat avec l'école et après qu’il eut quitté la Chine, je débutais ma propre entreprise de cours particuliers. Nous avions gardé contact en parlant sur Skype à tous les jours afin de s’informer mutuellement et en partageant des courriels. Je ne pensais pas que j’étais le genre de personne à gérer une relation à longue distance parce que j’ai besoin de sécurité mais avec lui je ne me sentais pas seule et je n’avais pas besoin de personne d'autre. J'avais pleine confiance en lui. Le seul problème que nous avions était la différence de fuseau horaire. Je ne pouvais pas lui parler quand je désirais. Il était venu en Chine plusieurs fois. Nous avions voyagé et vécu ensemble pendant quelques mois. Tout allait bien sauf ma cuisine. Une fois, je faisais frire de la nourriture et après y avoir goûté, Andrew a suggéré que nous sortions pour une pizza. Je m’étais beaucoup améliorée dans la cuisson d’aliments à la chinoise et à l’occidental et maintenant il préfère manger à la maison. Il m’avait fait sa proposition en chinois pour mon anniversaire. Sa prononciation était quelque peu incorrecte, mais mignonne. Il disait que j’avais fait de lui une meilleure personne et que nos mondes se complétaient. Je ressens la même chose. Nous nous étions mariés au bureau d'enregistrement et nous avions eu une petite réception, avec seulement ma famille en Chine. Nous avions attendu environ dix mois jusqu'à ce que je puisse venir au Canada.

Au début, je faisais du bénévolat au Quai 21 et ensuite j'avais eu l'occasion de travailler ici. Cela avait été l'une des expériences les plus enrichissantes pour moi au Canada. J'aime rencontrer des personnes intéressantes, apprendre l'histoire et voir les nombreux immigrants qui avaient trouvé ici un reflet de leur propre immigration. J'aime aussi travailler avec des gens issus de milieux différents dans cet environnement de très grande diversité culturelle. Observer les différences est la chose la plus intéressante de mon périple et cela avait joué un grand rôle dans ma première fascination pour Andrew. Il me fait penser différemment, voir les choses de différentes manières. Avant que je l’aie rencontré, je restais parfois fixée sur une idée ou je ne pouvais pas comprendre la réaction ou les pensées de certaines personnes. Le connaître m’avait ouvert l’esprit. J’étais habituée à penser d’une certaine façon et maintenant je comprends que cela peut ne pas être la seule réponse dans le monde. J’avais appris des choses que je ne connaissais pas auparavant. Être avec lui et avoir une relation avec lui est comme une aventure. Il avait également changé mon propre caractère et ma personnalité. Il peut y avoir des moments où nous ne sommes pas au même stade. Nous devons accepter toutes les différences entre nous et changer nous-mêmes; cette aventure peut donc être belle, heureuse mais aussi effrayante ou inattendue. Je pense que la joie vient de ce que vous ne savez pas et de ce que vous allez apprendre ensuite, de sorte que vous pouvez être fébrile tout le temps. C'est probablement une autre raison pour laquelle j'aime tellement le Canada, je peux rencontrer des gens qui sont très différents et uniques. Je me sens comme un poisson qui nage dans ce grand océan qu’est ce monde, en observant comment les différents poissons nagent différemment. Je change et j’évolue, acceptant l'inattendu, me déplaçant selon les courants de la vie.

Au début, cela n'avait pas été facile de venir dans un nouveau pays. Je sentais une perte : j’avais quitté mon pays, ma culture et ma famille. Je pensais que je ne pouvais pas m’intégrer. Aujourd'hui, je me sens beaucoup plus à l'aise. J'aimerais visiter la Chine, mais je veux avoir ma vie ici. Halifax me rappelle la campagne en Chine, très calme et paisible. Les gens d’ici sont super sympa. Les maisons sont très belles et uniques. Il y a beaucoup d'arbres et de fleurs .Les rues ne sont pas très larges et il n'y a pas beaucoup de gens qui y marchent, surtout la nuit. Tout ferme tôt dans la soirée. Au début c’était étrange mais maintenant j'aime ça parce que j'ai plus de temps pour relaxer et faire ce que je veux faire. C’est à l'opposé de la Chine où le style de vie est très rapide. Il y a beaucoup de hauts édifices. Vous ne pouvez presque pas voir le ciel ou 50 mètres plus loin. Les gens se saluent à peine les uns les autres, pas même avec un contact des yeux. Vous pouvez à peine discuter avec des inconnus. La façon de conduire y est comme une compétition : les gens sont plus agressifs et personne n’aime attendre. Je sens que ma vie avant était beaucoup plus stressante, physiquement et mentalement.

Au Canada, il y a beaucoup plus de liberté pour choisir et prendre nos propres décisions, même si elles ne sont pas considérées, le choix de la société est dominant. En Chine, la plupart du temps on se fait dire par les enseignants, parents, amis et même des étrangers ce qu’on doit faire ou ne pas faire. Parfois, les gens ne peuvent pas décider pour eux-mêmes. En outre, dans certains endroits ou dans l'esprit de certaines personnes, le succès est mesuré par l’argent gagné, peu importe dans quelle entreprise ou peu importe ce que cela enlève au pays et au peuple ou combien de personnes peuvent être affectées. Je ne veux pas vivre dans ce genre d'environnement et ne pas avoir d'autre choix et voir mes enfants éduqués de cette manière. En outre, la société s’attend à un niveau de réussite des femmes beaucoup plus élevé. La maman est toujours en faute et doit être responsable de tout ce qui se passe dans sa famille, ainsi que des réalisations et des échecs de ses enfants. Au Canada, je pense que je peux être moi-même. Je n’ai pas délibérément choisi le Canada. C’était seulement la patrie de mon mari. Mais, je suis heureuse que ce soit devenu mon heureux destin.