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Le participant au programme Bienvenue chez-vous au Canada : Beatrice Nzigire (2015)

Un périple vers le bonheur

Je m’appelle Beatrice, ce qui signifie le bonheur.

Écrit par Jo Kostin

Je suis originaire du Congo et j’ai vécu au Canada pendant un an. Au Congo, j'étais une travailleuse sociale pour une organisation non gouvernementale sans but lucratif qui aidait les gens qui vivent dans des sociétés fermées, loin des grands centres. Ces personnes conservent les traditions passées, à ce jour, certaines d'entre elles ne portent même pas de vêtements et elles ont encore très peur des « hommes blancs ». Si vous parlez swahili ou français, elles supposent que vous êtes envoyé par les hommes blancs pour les rendre esclaves. Pendant la période de ce travail, j’avais participé à la construction de deux écoles. Cela avait aidé à les convaincre, en particulier les femmes, de se faire instruire. Nous leur avions appris le français et différentes compétences qui les avaient aidées à se développer et à voir un point de vue différent. Avoir des produits à vendre leur donnait l'occasion de prendre contact avec les gens dont ils avaient peur et cela aidait à soulager leur anxiété.

J’avais quitté le Congo parce que je sentais qu’au lieu d'assurer la sécurité de la population, le gouvernement la détruisait. Les soldats troublaient la paix des rues et je décidai de partir. J’avais traversé la frontière à pied vers le Burundi et avais obtenu un passeport à l'ambassade congolaise. Après cela, j’étais allée au Rwanda, puis au Kenya par l'Ouganda et de là, je m’étais envolée vers la Thaïlande. J'avais vécu en Thaïlande pendant quatre ans travaillant avec des réfugiés de partout. Je traduisais et les aidais à s’installer en utilisant, la plupart du temps, le langage corporel mais aussi le français et l’anglais.

Lorsque mon dossier avait été référé à l'ambassade du Canada, j’étais très heureuse parce que le Canada était reconnu comme le pays le plus pacifique du monde. Je n’avais jamais voyagé dans tous les pays du monde mais ce que j’expérimentais à ce moment-là me semblait être vrai et cela avait fait de moi une personne pacifique. Je sens que le Canada me considère avec valeur. Par exemple, dans mon pays, il est difficile pour des personnes comme moi qui sont petites ou minces de trouver un emploi. On croit que nous ne sommes pas assez forts. Après avoir obtenu mon diplôme en études sociales, j'obtenais mon emploi tout de suite parce que j’avais fait du bénévolat pendant quatre ans et j'avais donc l'expérience nécessaire, que je n’avais pas besoin d’être formée. Ici, les gens ne regardent pas mon allure, ils ne voient pas ma couleur. Ils ne se soucient pas de tout cela. C’est pour cette raison qu’au Canada, je fais l’expérience de la paix que je n’avais jamais ressentie auparavant.

Je ne peux pas décrire à quel point je suis fébrile de travailler au Quai 21. J'avais entendu parler du programme Bienvenue chez vous au Canada et j’avais envoyé mon curriculum vitae en essayant d'appliquer pour quelques postes. Puis, je décidai de visiter le musée. J'aime vraiment les musées et j’en avais visité certains à Halifax mais ils ne portaient pas sur les personnes. Je voulais entendre des histoires sur les personnes et savoir quels étaient les processus d’immigration dans le passé. Susie était mon guide et j’avais passé un moment vraiment fantastique. Je me disais : « Je voudrais pouvoir travailler ou même faire du bénévolat ici. » Ce jour-là on m'appelait pour une entrevue pour le poste d'interprète.

Je travaille aussi à l’association pour l’accueil des immigrants de la Nouvelle-Écosse (ISAN) comme travailleuse à l’accueil, sur appel. A partir de ma propre expérience comme immigrante, je peux aider les nouveaux arrivants qui font face aux mêmes défis auxquels j’avais fait face. Par exemple, au Congo comme en Thaïlande les autobus fonctionnent sans horaire. En raison de la forte demande, il y a environ 20 autobus qui arrêtent à une gare, toutes les 10 minutes. Il n’existe donc pas une expression comme « manquer l’autobus ». Comprendre cette particularité m'a couté un bon nombre d’autobus manqués et d’arrivées tardives.

Comme membre de l’association pour l’accueil des immigrants de la Nouvelle-Écosse (ISAN) j'ai rencontré une femme du Congo. Nous avions commencé à parler et j’avais découvert que sa sœur était effectivement mariée à mon oncle. Elle leur avait téléphoné et à travers eux, j’avais contacté mes parents. Lorsque je les avais appelés, ils pensaient que c’était un rêve parce qu'ils me croyaient morte. Nous avions pleuré et ils étaient très heureux que je sois au Canada. Ils me rappelaient que lorsque j'avais cinq ans, je disais que je voudrais aller au Canada. Mon père m'avait confectionné un tee-shirt avec le drapeau canadien sur la poitrine et, dans le dos, où il était écrit « je suis Canadienne ». Donc tout le monde qui me voyais de derrière demandait si j'étais Canadienne et je répondais « oui, je le suis ». J’avais gardé mon tee-shirt plus de 10 ans croyant qu'un jour je serais Canadienne. Tout le monde rêve. Mon rêve de devenir Canadienne est devenu réalité. Maintenant, je suis heureuse, tout comme l’indique mon nom.